
samedi 30 octobre 2010
vendredi 29 octobre 2010
mercredi 13 octobre 2010
Aux yeux des spectres

La terrible épidémie se répand à une vitesse impressionnante partout en Amérique. Considérant l'impossibilité d'obtenir des documents sur l'origine de la maladie ainsi que la façon dont elle se transmet (les chercheurs s'étant consacrés à l'étude des cas ayant tous succombé à la maladie), nous en sommes réduit à l'observation impuissante des événements qui bouleversent le globe. D'après le peu que nous en savons, le virus B12, que l'on surnomme déjà l'adulticide, ne s'attaquerait qu'aux personnes ayant atteint la maturité, laissant derrière elle une population d'enfants livrés à eux-mêmes.
La façon dont le virus se transmet reste un mystère, mais au vu de la rapidité avec laquelle il s'est répandu sur le continent Américain, il est à supposer que le virus se déplace dans l'air et contamine sa victime par voie orale. Cette maladie d'un genre nouveau et terrifiant semblerait s'attaquer à l'âme des gens, et à la détruire de façon inexorable.
D'après les témoignages audios et visuels que nous laissent les différents supports de communications encore en marche, que le virus agirait instantanément sur sa victime qu'elle rendrait amorphe et vide. Il semblerait que la population adulte soient devenue une masse de zombies perdus et inoffensifs n'ayant plus la moindre volonté. On les voit, plantés durant des heures au même endroit, immobiles et à la merci de toute contrainte. On a même vu, lorsque la maladie est particulièrement virulente, des enfants se servir de leurs parents comme les esclaves de leur plaisirs.
Les enfants quant à eux, presque indifférents à ce qui arrivent à leurs parents, s'organisent en bandes, dévalisent les supermarchés, s'emparent de tout les objets rythmant la vie adulte. Ils chahutent, se font la guerre, contournent tous les interdits puisqu'ils jouissent du continent entier comme terrain de jeu.
Le monde que nous connaissons s'effondre et laisse sa place aux éclats de rires juvéniles.
jeudi 7 octobre 2010
Histoire d'un très vieux monsieur
Je n'ai jamais réussi à mourir.
J'ai attendu, des années durant, que la mort vienne me cueillir, en vain.
Désormais, j'ai renoncé.
Condamné à vivre jamais, à voir sans cesse les mêmes choses, je tue le temps de mon mieux, sans grand enthousiasme. Chaque matin le même rituel: craquelant et chancelant, je peine à m'extraire de mon lit; et à pas lents et mesurés, me dirige vers mes médicaments afin d'éteindre la douleur de mes vieux os. Je fouille ensuite dans les placards, tentant de dénicher une saveur oubliée, et, inévitablement déçu, je m'installe dans mon antique fauteuil dont le velours abimé s'effiloche par endroits. Saisissant au passage mes lunettes et le petit bouquin qui me tiendra compagnie toute la journée, j'attends doucement la personne qui s'occupe de maintenir ma vie en l'état.
Quand elle arrive, nous causons quelques minutes, puis je la libère de cette discussion vide d'intérêt et de sens en plongeant le nez dans mon livre. La douleur me réanime en milieu de journée alors qu'on me prépare un repas insipide accompagné d'un monticule de petites gélules colorées que je gobe une à une, toujours dans le même ordre. La fatigue surgit alors, et ni endormi ni reveillé, j'entre dans une torpeur qui dure quelques heures. En fin de journée, le frisson qui m'ébranle met fin à cet état de flottement, alors je décide de me laver, effort ultime de ma journée. Doucement, lentement, douloureusement, je savonne ma peau fissurée puis je laisse à l'eau chaude la tâche de me donner le courage de me sécher puis de me rhabiller.
Lorsque j'ai fini ma toilette je m'enveloppe d'une chaude robe de chambre et m'installe devant la télévision, laissant les informations rentrer puis sortir de mon cerveau embrumé. Télévision que je ne quitterais que pour aller me coucher après un diner tout aussi infect que le déjeuner. Enfin je retourne dans mon vaste lit, l'insomnie me prend, puis le sommeil entrecoupé.
Et la boucle tourne, inlassablement.

