Je n'ai jamais réussi à mourir.
J'ai attendu, des années durant, que la mort vienne me cueillir, en vain.
Désormais, j'ai renoncé.
Condamné à vivre jamais, à voir sans cesse les mêmes choses, je tue le temps de mon mieux, sans grand enthousiasme. Chaque matin le même rituel: craquelant et chancelant, je peine à m'extraire de mon lit; et à pas lents et mesurés, me dirige vers mes médicaments afin d'éteindre la douleur de mes vieux os. Je fouille ensuite dans les placards, tentant de dénicher une saveur oubliée, et, inévitablement déçu, je m'installe dans mon antique fauteuil dont le velours abimé s'effiloche par endroits. Saisissant au passage mes lunettes et le petit bouquin qui me tiendra compagnie toute la journée, j'attends doucement la personne qui s'occupe de maintenir ma vie en l'état.
Quand elle arrive, nous causons quelques minutes, puis je la libère de cette discussion vide d'intérêt et de sens en plongeant le nez dans mon livre. La douleur me réanime en milieu de journée alors qu'on me prépare un repas insipide accompagné d'un monticule de petites gélules colorées que je gobe une à une, toujours dans le même ordre. La fatigue surgit alors, et ni endormi ni reveillé, j'entre dans une torpeur qui dure quelques heures. En fin de journée, le frisson qui m'ébranle met fin à cet état de flottement, alors je décide de me laver, effort ultime de ma journée. Doucement, lentement, douloureusement, je savonne ma peau fissurée puis je laisse à l'eau chaude la tâche de me donner le courage de me sécher puis de me rhabiller.
Lorsque j'ai fini ma toilette je m'enveloppe d'une chaude robe de chambre et m'installe devant la télévision, laissant les informations rentrer puis sortir de mon cerveau embrumé. Télévision que je ne quitterais que pour aller me coucher après un diner tout aussi infect que le déjeuner. Enfin je retourne dans mon vaste lit, l'insomnie me prend, puis le sommeil entrecoupé.
Et la boucle tourne, inlassablement.
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